Paul l'orphelin

L'ORPHELIN EN HAILLONS

Paul était un petit orphelin vivant dans un milieu où le malheur attire autant de mépris et de mauvais traitements que la mauvaise conduite, plus encore peut-être,surtout quand le coupable est un malin, et sait porter un masque. Paul étant orphelin, il n'y avait personne qui fût responsable de son éducation. Il gagnait son pain à la sueur de son jeune  et il n'avait pour s'habiller que les vieux vêtements troués et crasseux qu'on lui donnait par charité. Aussi son entourage lui marquait-il non seulement du mépris, mais du dégoût. Il n'était pas un enfant heureux, et tout cela ne l'aidait guère à être un enfant sage. Cependant il avait des dons pour stimuler et pour égayer les autres qui lui faisaient des amis parmi ses jeunes camarades, plus portés que leurs aînés à lui pardonner d'être un pauvre orphelin, ayant besoin qu'on l'aide à vivre.

Tous les garçons de la petite ville où il demeurait décidèrent d'organiser une jolie fête où ils vendraient des glaces au profit de leur équipe de foot-ball. Ils nommèrent trois comités, l'un pour l'organisation générale, le second pour les invitations à faire, le troisième pour la vente des glaces. Il y eut dans ce dernier comité une chaude discussion : les uns soutenaient que ceux qui offriraient des glaces devraient être dans leurs plus beaux habits ; les autres répliquaient que leurs plus beaux habits seraient trop vite tachés et salis à ce métier-là. L'un des garçons, qui avait beaucoup d'influence sur ses camarades, déclara soudain : « Si vous prenez Paul, avec ses haillons puants, moi je ne m'en occupe plus. » Les autres étaient consternés : ils comptaient sur Paul, avec sa faconde, ses plaisanteries, son entrain, pour vendre beaucoup de glaces; mais c'était bien vrai qu'il était vilain à voir et sentait mauvais.

Leur moniteur, notre ami Martin Scott, qui se trouvait là, leur donna l'idée d'interrompre leur discussion, d'avoir ensemble un rmoment de prière et de voir ce que Dieu leur dirait au sujet de Paul. Après ces quelques moments de silence, les choses leur apparurent tout autrement. Ils voulaient que Paul vienne à la fête, mais aussi, bien habillé que les autres.

Seulement, comment faire ? Il fallait acheter des pantalons blancs et une chemise. Comment pouvaient-ils dépenser de l'argent pour cela quand ils voulaient en gagner pour leur équipe ? Décidément l'idée était absurde. D'autre part, comme tout le monde savait que Paul n'avait pas les moyens de s'acheter des pantalons neufs, on croirait qu'il les avait volés. Et puis qui sait si Paul ne se mettrait pas en colère, lorsqu'il verrait qu'on se préoccupait de sa mise ? Est-ce qu'il ne disait pas toujours bien haut qu'il fallait qu'on le prît tel qu'il était, avec ses haillons, ou pas du tout ? - On eut un nouveau moment de prière et l'on vit clair sur toute la ligne.

« Nous nous cotiserons tous », fut le cri unanime. « Nous n'en dirons rien à Paul ni aux autres garçons. Nous demanderons à notre moniteur de s'arranger pour que Paul ait son costume neuf, et pour que tout le monde sache qu'il est bien à lui, en tout bien tout honneur. » C'est ce que l'on fit. Paul servit les glaces avec fierté, avec une joie lumineuse. Quant à ses camarades, ils s'étaient donnés à eux-mêmes une leçon d'entr'aide et d'amour qui valait mieux qu'un sermon.

Cela se passait au début de l'été. Les habits neufs, et surtout le sentiment que ses camarades avaient tant désiré l'avoir parmi eux qu'ils avaient fait un réel sacrifice pour cela, firent de Paul un garçon nouveau, transformé. Mais surtout, ses camarades apprirent que Dieu sait régler n'importe quelle difficulté beaucoup mieux que tous les raisonnements humains.

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